Grelots - kandang កណ្ដឹង


MAJ : 3 décembre 2023


Il existe de multiples déclinaisons de l'utilisation des grelots : colliers de sonnailles bovines et équines, bracelets de chevilles des enfants et des femmes, ceintures-sonnailles ou encore bannières du crocodile.



Bannières du crocodile

Les “bannières du crocodile” colorées tong krapeu ទង់ក្រពើ, appelée aussi “bannières des flots” tong rolok ទង់រលក, fleurissent dans les monastères bouddhiques, accrochées aux grands mâts marquant l'entrée du vihear ou en d'autres lieux. Il existe aussi des bannières blanches réservées aux rites funéraires. On appelle ces dernières tong krapeu mais le terme le plus approprié est tong pralung ទង់ព្រលឹង puisqu'il s'agit d'une représentation de l'âme (pralung ព្រលឹង), ou plutôt des âmes puisqu'il existe, selon la plupart des traditions khmères, 19 pralung.

Ces bannières ont à la fois une forme humaine puisqu'elles comportent deux jambes et celle d'un crocodile. Éveline Porée-Maspero rapporte, dans son Étude des rites agraires des Cambodgiens, que les Khmers sont eux-mêmes des crocodiles symboliques.

Il arrive, mais ce n'est pas systématique, que des grelots et des miroirs soient fixés au niveau des pieds des tong krapeu.

 

Origine des bannières du crocodile

Plusieurs légendes liées au bouddhisme parlent de l'origine des bannières du crocodile.

  1. Dans la région de Battambang, la tradition veut que la “bannière de l’âme”, tong pralung, employée pour les rites funèbres, porte l'image d'un crocodile car il est le “maître de la terre” et l'on a besoin d'un peu de sol, que ce soit pour une crémation ou pour un enterrement.*
  2. Krong Pali, maître de l’orbe de la terre, était un homme égaré que le Buddha décida de sauver. Le Sage commença par demander la quantité de terre recouverte par un froc, puis Krong Pali. l'ayant interrogé sur ce qu'il ferait d'un si petit espace, lui demanda la surface englobée par trois pas. En deux pas et demi il avait recouvert toute l'orbe de la terre. Krong Pali quitta la terre qu'il avait cédée ; transformé en crocodile il se rendit au bord de la sphère terrestre. Le Buddha l'y suivit et lui demanda de lui faire traverser l'eau. Le crocodile répondit qu'il le ferait à condition d'être nourri. Le marché fait, le crocodile fut obligé d'accepter de laisser le Buddha monter sur sa tète ; le poids devint tel que le crocodile s'enfonça dans l'eau et dut s'avouer vaincu. Alors, le Buddha, pour le sauver, dit les quatre sortes de douleurs et le convertit. Pour les sacrifices aux morts, parce que cet acte nécessite une place sur la surface de la terre, on doit fabriquer des “bannières du crocodile” ; pour les actes de toutes sortes, principalement la construction d'une maison, l'on doit accomplir une cérémonie à Krong Pali, qui est le maître du sol, pour obtenir bonheur et santé.*
  3. Un soir, en se baignant, la fille de sethei ramassa un œuf qui flottait. Elle le mit dans un vase plein d'eau, et il en sortit un petit crocodile qu'elle éleva, le transvasant au fur et à mesure qu'il grandissait. Le crocodile, amoureux de la princesse, devint si câlin qu’elle s’en aperçut et le dit à son père. Furieux, celui-ci donna l’ordre de tuer le crocodile. L’ayant appris, celui-ci dit : “Si l’on me tue, il faut enlever ma peau, l’étirer par des baguettes en croix, et le suspendre à l’architrave du portail, pour que les gens du pays sachent que j’étais un homme ingrat.” Ainsi fit-on, et, lorsque la peau fut pourrie, on l’imita avec de l’étoffe.*

D'autres légendes sont disponibles dans l'ouvrage en référence.

 

* D'après Éveline Porée-Maspero, Étude des rites agraires des Cambodgiens, Tome I p.103.

 

Grelots et miroirs des bannières

Les grelots et les miroirs fixés au niveau des pieds des bannières servent à éloigner les esprits néfastes. Le vent fait danser les bannières et agite les grelots. Le terme tong rolok ទង់រលក, littéralement “bannière-vagues”, traduit le mouvement de l'onde se propageant à la surface de l'océan.