Danse contemporaine


Le danse contemporaine est encore peu développée au Cambodge en 2020 et ce, pour plusieurs raisons.

  1. Révolution. Le génocide des Khmers rouges a entaché gravement et de manière durable le tissu culturel du pays par l'assassinat systématique des artistes.
  2. Économie. En 2015, le Cambodge n'était que la 111e puissance économique mondiale relativement à son PIB (sur 198 pays). 
  3. Attachement culturel. Les Khmers demeurent très attachés à leur culture traditionnelle avec, en pôle position, le Ballet royal du Cambodge, classé par l'UNESCO. Sa dimension symbolique éclipse les autres initiatives, notamment à l'international
  4. Formation. Il existe peu ou prou de possibilités de formation à l'intérieur du pays et les Cambodgiens n'ont pas les moyens financiers pour voyager à l'étranger. Des initiatives venant de l'extérieur ont toutefois germé, essentiellement à Phnom Penh (Belle), Siem Reap (New Cambodian Artists) et Battambang (Phare Ponleu Selpak).

Histoire d'eau

Cette danse contemporaine, narrative et improvisée, a été créée en 2019 par Sok Pheak sur une idée de Patrick Kersalé. Sok Pheak l'interprète sur la base du vocabulaire gestuel de la danse classique khmère. Patrick Kersalé l'accompagne à la harpe angkorienne.

Quatre personnages mythologiques sont mis en scène : Garuda, roi des oiseaux, gardien de la Connaissance, Nāga, serpent gardien de la Terre et des Eaux, Neay Rong, un homme, et une Apsara. Un point d’eau est au centre des velléités, chacun essayant de l’accaparer. Le Garuda et le Nāga tentent de le détruire pour empêcher l'Apsara qu’ils détestent d’y accéder. Mais Neay Rong aime la belle Apsara et s’interpose entre les deux protagonistes…


Cette danse représente une sorte de synthèse de l'histoire de la musique et de la danse du Cambodge. En effet, ces deux formes artistiques sont exclusivement de tradition orale. Sok Pheak est, à l'instar de toutes les danseuses khmères, détentrice d'un savoir-faire provenant d'une lignée de maîtresses de danse dont l'origine remonte à l'Inde antique, en passant par toutes les maîtresses khmères depuis l'époque préangkorienne. Les quatre personnages interprétés appartiennent à la fois aux mythes fondateurs de l'hindouisme et à l'imaginaire spirituel des Khmers. Cette danse accepte plusieurs niveaux de lecture selon le degré de culture et d'initiation de ceux qui la regardent :

Niveau 1. Pour les béotiens, la gracieuse évolution spatiale de la danseuse suffit à flatter la vue et émouvoir.

Niveau 2. Ceux qui sont rompus aux canons formels de la danse khmère distingueront les quatre personnages à leurs attitudes respectives.

Niveau 3. Si l'on connaît la géopolitique régionale Chine-Asie du Sud-Est, on percevra l'entre-déchirement des nations traversées par le fleuve Mékong sur lequel l'Empire du Milieu a construit des barrages hydroélectriques.

Niveau 4. Rompu à la géopolitique internationale, on comprendra l'illustration de la problématique de l'accès à l'eau potable et à la mer pour certains pays enclavés.

Ces niveaux de lecture peuvent s'appliquer à toutes les danses narratives indiennes et khmères dès lors que l'on détient les clés de lecture. Depuis des siècles, la danse classique puise son inspiration dans l'épopée du Reamker qui a modelé la culture khmère.

Quant à la harpe angkorienne jouée par Patrick Kersalé, son usage n'est pas anodin. Cet instrument d'origine indienne, mais devenu khmer à l'époque préangkorienne, a été reconstitué par Sounds of Angkor en 2012 après huit siècles d'absence ; il entretient un lien symbolique avec l'oiseau (paon ?) ou le Garuda chez les Khmers angkoriens.


L'âme du combat

Dans les temples d'Angkor Vat, Bayon et Banteay Chhmar, l'iconographie guerrière laisse entrevoir des positions de soldats relevant à la fois de pures postures de combat et de positions de danse martiale. Le spectacle proposé ci-après nous offre, sur scène, à voir cette limite instable entre les deux situations (bien que les artistes ne soient pas des guerriers !). Par exemple, dans les arts de combats khmers tels que le kun khmer ou le bokator, existent, avant le combat réel, un combat psychologique utilisant des positions non assimilable directement à la danse et non directement non plus à l'affrontement physique.


Ce spectacle (Soul of Fighting, by Pres Pisnuka Nimet) a été donné le 20 février 2016 au Old Stadium de Siem Reap dans le cadre du "1st Friendship Festival". Il exalte la fibre patriotique en utilisant des instruments préangkoriens (tambours, cornes) et postangkoriens (hautbois). Les postures de combat empruntent à l'iconographie des temples angkoriens. Les figurines de cuir sont celles du théâtre d'ombres et certaines attitudes des protagonistes miment le comportement des singes de l'armée d'Hanuman dans le Reamker. Ce spectacle a été créé par Sopheak Soun et Cambodian Living Arts.