La harpe arquée à Java

Textes, photos, videos : © Patrick Kersalé 1998-2020, sauf mention spéciale.


Le temple bouddhiste de Borobudur (IXe s.) offre une riche iconographie musicale. On peut même dire qu'il s'agit du plus important patrimoine instrumental de l'Asie du Sud-Est pour cette époque. Les orchestres, directement issu de la culture indienne, semblent être représentés in extenso. On y trouve des instruments similaires à ceux des Khmers et des Chams de l'époque. Concernant les Khmers, rappelons que nous ne connaissons, pour la période préangkorienne, que trois linteaux du VIIe siècle et les listes exhaustives de l'orchestre du temple de Lolei au IXe s. Toutefois, sur ces listes, plusieurs noms d'instruments n'ont pu être identifiés avec certitude pour l'heure.

Parmi les instruments dépeints à Borobudur, on trouve des harpes. Leur forme générale est similaire à celle à l’époque Gupta, notamment celle du bas-relief de Pawāyā

Sur le haut-relief ci-contre, nous pouvons voir, au registre inférieur, de gauche à droite, une flûte traversière, probablement des cymbalettes et un instrument indéterminé (bâton de rythme avec grelots ?). Au registre supérieur, une joueuse de luth tricorde et une harpiste. Les autres personnages présents derrière ces instrumentistes jouent probablement d'autres instruments, réplication de ceux-ci et/ou différents.

Sarasvati jouant de la “harpe Makara”
Sarasvati jouant de la “harpe Makara”

L’accordage de la harpe de Borobudur semble être opéré par onze chevilles, si l’on se réfère à la statuette dénommée “Sarasvati jouant de la harpe Makara” montrant précisément ce dispositif. Quoi qu’il en soit, ces onze éléments, fussent-ils des chevilles ou des éléments décoratifs, nous indiquent un nombre minimal de onze cordes.

Le travail d’archéologie expérimental mené au Cambodge par Sounds of Angkor démontre que ce nombre de cordes est compatible avec la taille et la technologie de ce type d’instrument montré par la sculpture préangkorienne.