Instruments anciens


Nous ne savons que peu de chose des instruments sonores autochtones antérieurs à la période préangkorienne. Le climat de moussons a effacé toute trace organique. Restent, pour l’essentiel, la pierre et le bronze.

Deux pierres sonores déposées au Musée National du Cambodge référencées 1732 – 1733 provenant de la province de Kompong Chhnang, ainsi que de nombreux grelots de bétail en bronze, des tambours-hochets, attestent de pratiques sonores anciennes.
Les premières représentations instrumentales remontent quant à elles au VIIe s. et les plus anciennes inscriptions mentionnant des instruments sonores aux VIIe ou VIIIe s. Au IXe s., seuls les textes lapidaires nous apportent des noms d’instruments de musique, l’iconographie étant inexistante. Au Xe s., les temples de Banteay Srei et Phnom Bakheng montrent quelques tambours et cymbales plus symboliques que fonctionnels. Du XIe au XIIIe s. on assiste à une explosion iconographique d’instruments toujours d’origine indienne mais déjà dans une stylistique khmère bien affirmée ; à Angkor Vat, au Bayon et à Banteay Chhmar se déploie un florilège d’instruments à usage martial, palatin et cultuel. Au XVIe, Angkor Vat nous offre deux fresques dans sa tour centrale et deux immenses bas-reliefs dans sa galerie nord sur lesquels apparaissent de nouveaux instruments d’origine exogène.

 

Contextes iconographiques des temples angkoriens

Les instruments sonores à usage musical ou signalétique apparaissent dans divers contextes :

  • martiaux : scènes de combats guerriers, processions d’apparat ;
  • cultuels : rituels hindous, bouddhistes. Certains temples initialement bouddhiques comme le Bayon ou Preah Khan recèlent des éléments appartenant à des remaniements ultérieurs de nature brahmanique ;
  • épopées indiennes : Reamker (version khmère du Rāmāyana indien), Mahābhārata ;
  • divertissements palatins et populaires : danse, acrobatie, jonglage, lutte, joute chantée ;
  • personnages et animaux domestiques ensonnaillés : guerriers, danseurs, éléphants, chevaux, bœufs.

Instruments d’hier et d’aujourd’hui

Que sont devenus tous ces instruments sonores ? L’usage des archétypes instrumentaux de la période angkorienne au sens large a survécu au déclin de l’Empire khmer et aux assauts du temps. Ils survivent au Cambodge même, dans la grande région du Sud-Est asiatique et sur le sous-continent indien. Certains instruments demeurent inchangés, d’autres ont subi des modifications. Le principal changement réside dans leur vocation et dans la structure des ensembles orchestraux.

 

Classification ancienne

Nous ne savons rien d’une éventuelle approche classificatoire de l’instrumentarium musical angkorien. On peut toutefois constater que les listes de musicien(ne)s affecté(e)s aux temples durant la période préangkorienne présentent des regroupements liés à la terminologie du mode de jeu que l’on pourrait traduire ainsi : frapper les tambours (et autres instruments ?), entrechoquer les cymbales, pincer les instruments à cordes. Les instruments soufflés (trompes) ne sont assortis d’aucune terminologie liée au mode de jeu mais sont cités à part. Cette classification est calquée sur celle de l’Inde. Dans un chapitre du Nātya-shāstra, ouvrage révélé à Bhāratha par le dieu Brahmā et qui constitue probablement une compilation en sanskrit de textes très anciens (antérieur au IIe s. de notre ère), les instruments de musique sont classés en quatre catégories selon des paramètres morphologiques qui sous-tendent leur mode de production sonore :

  • tata vādya, instruments à cordes (harpes, cithares, luths)
  • shūsirā vādya, instruments à vent (flûtes, trompes, cornes, conques, hautbois)
  • avanaddha vādya, instruments à membrane (tambours)
  • ghana vādya, préfiguration des idiophones décrits par Sachs & Hornbostel (lithophones, cloches, grelots, cymbales, gongs, carillons de gongs, racles, guimbardes)

Cette étude est complétée par la voix, un instrument sonore de première importance chez les anciens Khmers.

 

En savoir plus ? ==> Communication sonore