Gong à mamelon

 

 

 

Comme évoqué en introduction des chapitres consacrés au Tambour sur portant et aux Cymbales et cymbalettes, il n’existe pas de représentation attestée de gong avant la réalisation des bas-reliefs du XVIe s. de la galerie nord d’Angkor Vat et des fresques de sa tour centrale.



Épigraphie et traductions

Saveros Pou, dans son dictionnaire de Vieux-Khmer français-anglais, mentionne à propos du mot tāla : « On avait l’habitude de traduire ce mot par “cymbales” d’après le sanskrit. Or tout porte à y voir plutôt des “gongs” de différents types, faits de bronze, de cuivre ou d’airain. (…) le gong accompagnait la récitation des poèmes chand. » Qu’englobe le mot « tout » dans cette assertion ? L’iconographique, quelle qu’en soit l’époque, ne montre aucun gong, seulement des crotales. En Inde ou au Népal, les chants dévotionnels bhajan sont rythmés a minima avec des crotales lorsqu’il n’y a pas d’autres musiciens disponibles. Les crotales sont l’instrument rythmique par excellence aux époques préangkorienne et angkorienne, nous l’avons évoqué dans le chapitre précédent. Si l’on se réfère à l’ethnologie liée à l’hindouisme et au bouddhisme, lorsque les gongs sont utilisés, c’est plutôt comme instrument de communication distante afin d’appeler moines et/ou pratiquants.

Le gong à bosse entre archéologie et ethnologie

Ensemble tambour et paire de gongs à mamelon dans la tour de communication d’un monastère bouddhique. Luang Prabang, Laos.
Ensemble tambour et paire de gongs à mamelon dans la tour de communication d’un monastère bouddhique. Luang Prabang, Laos.

Dans la galerie nord d’Angkor Vat figurent plusieurs gongs à mamelon sur portant. Dans un seul cas, la protubérance n’apparaît pas dans la sculpture mais des traces de couleurs et des griffures le laissent deviner. Sur les portants sont disposés soit un gong unique, soit un couple de tailles différentes. De plus, tandis que les tambours sur portant sont suspendus par un seul point d’attache, les gongs le sont, eux, toujours par deux.
On connaît, aujourd’hui encore, au Laos, de telles configurations dans les pagodes bouddhiques : un grand tambour, un ou deux gongs à mamelon et parfois une paire de cymbales invitent la communauté des bonzes à se rassembler pour la prière lors des grandes occasions ou les changements de lune

Technique de jeu

Gong à mamelon sur portant percuté avec une mailloche. Angkor Vat, galerie nord. Victoire de Krishna sur l’Asura Bāna. XVIe s.
Gong à mamelon sur portant percuté avec une mailloche. Angkor Vat, galerie nord. Victoire de Krishna sur l’Asura Bāna. XVIe s.

Les gongs isolés ou par couple sont frappés à l’aide d’une ou deux mailloches sphériques par un seul musicien, debout ou assis au sol. On le voit nettement sur l’iconographie ; le jeu est tranquille comparé à celui, fougueux, déployé sur les tambours. Sur la figure, le musicien frappe de la main droite et étouffe à volonté le son de la gauche, une technique encore bien connue chez les minorités ethniques des hauts plateaux et sur la plupart des claviers en bronze indonésiens. La position de la main gauche est donc très justement représentée.