Flûte

Les représentations de flûtes traversières sont extrêmement rares. Aussi, donnons-nous ici un aperçu quasi exhaustif de nos découvertes. Le seul type de flûte représenté à l'époque préangkorienne est la flûte traversière. En revanche, il n'y a pas d'occurrence épigraphique à la période proprement angkorienne.
Au XVIe siècle, dans la galerie nord d'Angkor Vat, un instrument à vent, qui pourrait être une flûte à bloc, est également représenté.

 



La flûte à travers l’iconographie préangkorienne

La flûte traversière est visible sur deux linteaux du VIIe s. exposés au Musée National du Cambodge (photos 1, 2), l’un provenant du Vat Ang Khna, dans la province de Kompong Thom, l’autre de provenance inconnue, mais de style Sambor Prei Kuk et enfin d’un bas-relief du Phnom Bakheng (3).

2. La flûte est cassée mais existait au moment de la découverte de cette sculpture. Détail du linteau de Sambor Prei Kuk. VIIe s. Musée National du Cambodge.
2. La flûte est cassée mais existait au moment de la découverte de cette sculpture. Détail du linteau de Sambor Prei Kuk. VIIe s. Musée National du Cambodge.
1. Deux flûtistes jouent avec des tambourinaires et des cymbalistes. Détail du linteau de Vat Ang Khna. Sambor Prei Kuk. Musée National du Cambodge. VIIe siècle.
1. Deux flûtistes jouent avec des tambourinaires et des cymbalistes. Détail du linteau de Vat Ang Khna. Sambor Prei Kuk. Musée National du Cambodge. VIIe siècle.
3. Deux flûtes et deux paires de cymbalettes accompagnent un danseur céleste. Phnom Bakheng, fin IXe - début Xe s.
3. Deux flûtes et deux paires de cymbalettes accompagnent un danseur céleste. Phnom Bakheng, fin IXe - début Xe s.

La flute (veṇu) à travers l'épigraphie préangkorienne

La stèle de fondation de Prah Kô  (fin du IXe s.) mentionne plusieurs termes sanskrits génériques désignant des serviteurs spécialisés dans la musique et le chant, les noms de trois instruments, dont une flûte, et des mots associés liés au mode de jeu.

 

narttakyaobhan bahvyo     gyanyo vdiks tath

vīṇādivdyavdinyo                 veutlaviśāradāḥ

 

Traduction originale par G. Cœdès, 1937. Inscriptions du Cambodge, vol.I, p.22:XXXV

Un grand nombre de belles danseuses, chanteuses, récitantes, musiciennes, joueuses de vīṇā et autres (instruments), habiles à frapper des cliquettes.

 

Vocabulaire lié à la musique et à la danse

  • nart : faire danser
  • gāyatra : chant, hymne
  • vīṇā : cithare sur bâton (dans le cas du sanskrit)
  • vād : forme dérivée de vad : jouer d’un instrument de musique
  • veṇu : flûte traversière
  • tāla : cymbalettes

Traduction révisée
“Un grand nombre de belles danseuses, chanteuses, récitantes, musiciennes, joueuses de cithare et autres (instruments), de flûte, habiles à entrechoquer les cymbalettes.”

 

La flûte (kluy) à travers l'épigraphie préangkorienne

Le terme khmer ancien kluy apparaît sur le piédroit du sanctuaire central de Kuk Prasat  (994 A.D.) dans une liste de donations de biens au temple aux côtés de deux autres instruments : « k[l]uy 1 kinara 1 chko 1 » soit 1 flûte, 1 cithare sur bâton, 1 chko (instrument non identifié). Si le terme kluy est parfaitement identifiable, la nature de la flûte demeure en revanche inconnue. Toutefois, si l’on se réfère à l’iconographie indienne du sous-continent et à celle de Borobudur, seules des flûtes traversières sont représentées.
Le terme kluy s’est transmis dans le khmer moderne (khluy, khloy).

 

La flûte à travers l'iconographie postangkorienne

Dans la galerie nord d’Angkor Vat apparaît un trio d’instruments à vent. Il pourrait s’agir soit d’une flûte à embouchure terminale de type khloy, soit de l’ancêtre du hautbois pei ar, ces deux instruments existant aujourd’hui encore au Cambodge. L'on pourrait aussi avoir affaire à un aérophone à anche libre en bambou ou en laiton. L’anche est installée latéralement près de l’extrémité ; le musicien engage quelques centimètres de l’instrument dans sa bouche jusqu’à recouvrir l’anche. Cet instrument se joue généralement de biais à 45°, ce qui ne semble pas être le cas ici.
La présence de trois aérophones est remarquable. En effet, les instruments, quelles que soient leur nature, sont toujours représentés unitairement ou par paire. Or, nous avons ici le seul exemple échappant à cette règle. L’auteur a peut-être voulu mentionné que ces instruments étaient nombreux. Des ensembles de flûtes processionnelles (bien que traversières) existent aujourd’hui encore au Népal chez les Newar de la vallée de Kathmandu. Nous ne connaissons en revanche aucun exemple d’ensembles de hautbois de type pei ar en Asie. Aussi, notre conclusion provisoire serait de considérer ces trois instruments comme des flûtes à embouchure terminale.