Cymbales & cymbalettes

 

Les cymbales sont largement représentées dans l'iconographie et sont présentes dans toutes les formations orchestrales : militaires, palatines, religieuses, de divertissement et même pour accompagner le travail. Quelques objets de bronze originaux nous sont parvenus.

Les cymbalettes sont également nommées crotales.



Mode de jeu

Dans l’ensemble des représentations, proprement angkoriennes, les deux éléments à entrechoquer ou entrefrotter sont tenus l’un au-dessus de l’autre, la main gauche en dessous. Les deux éléments sont soit reliés par une cordelette, soit libres. D’une manière générale, ils sont représentés séparés de quelques centimètres ou fermés. Sur un linteau préangkorien de Sambor Prei Kuk du VIIe s., le musicien les percute avec véhémence. Sa main droite semble tenir une poignée. Les Néwar de la vallée de Kathmandu au Népal utilisent ce type d’instrument dans la musique du Bhajan destinée à louanger les divinités de l’hindouisme.

Cymbalettes déliées à usage rituel. Sambor Prei Kuk. VIIe s. Musée National du Cambodge.
Cymbalettes déliées à usage rituel. Sambor Prei Kuk. VIIe s. Musée National du Cambodge.
cymbalettes avec poignées utilisées pour l’accompagnement du chant dévotionnel hindou bhajan à Bhaktapur, Népal.
cymbalettes avec poignées utilisées pour l’accompagnement du chant dévotionnel hindou bhajan à Bhaktapur, Népal.
Cymbalettes ou cymbales liées, à usage militaire. Angkor Vat, galerie sud, XIIe s.
Cymbalettes ou cymbales liées, à usage militaire. Angkor Vat, galerie sud, XIIe s.

À gauche, un guerrier cham semble jouer des cymbales. Si cela était avéré, il s’agirait de la seule représentation de cet instrument vu sous cet angle. Il pourrait aussi s’agir d’un tambour cylindrique vu de face, mais aucune sangle de portage n’apparaît. Bayon.

Le mode de préhension de ces cymbales pourrait corroborer l’hypothèse avancée au sujet de la tenue de l’instrument par le musicien cham. Néwar, Vallée de Kathmandu, Népal.


Les cymbales à travers l'archéologie

L’archéologie a livré des crotales en bronze à calotte hémisphérique ou conique (1, 2). Les cymbales à poignée solidaire ci-contre proviennent de Banteay Chhmar (3) ; elles mesurent 22 cm de diamètre. Ce type d’instrument est toujours utilisé au Vietnam (4).

1. Cymbale en bronze à calotte hémisphérique. Musée National du Cambodge. Période angkorienne ?
1. Cymbale en bronze à calotte hémisphérique. Musée National du Cambodge. Période angkorienne ?
2. Cymbale en bronze à calotte conique. Musée National du Cambodge. Période angkorienne ?
2. Cymbale en bronze à calotte conique. Musée National du Cambodge. Période angkorienne ?
3. Cymbales en bronze provenant de Banteay Chhmar. Dépôt Vat Bo, Siem Reap. Datation inconnue.
3. Cymbales en bronze provenant de Banteay Chhmar. Dépôt Vat Bo, Siem Reap. Datation inconnue.
Cymbales en alliage de cuivre de même type que celles de la photo 3. Vietnam.
Cymbales en alliage de cuivre de même type que celles de la photo 3. Vietnam.

Les cymbales à travers l'épigraphie

Deux terminologies distinctes apparaissent dans les textes en khmer ancien : tāla ou sa variante tāl, issus du sanskrit tāla ou tala et cheṅ associé au terme fonctionnel chmāp désignant celui qui les « manipule ». Ces deux termes ont été indifféremment traduits par gong ou cymbale(s) par les épigraphistes. Dans le cas de gong, il ne pourrait s’agir, aux périodes préangkorienne et angkorienne, que de gongs plats et non à mamelon. Dans son dictionnaire de Vieux-Khmer, Saveros Pou apporte un rectificatif. Elle propose que tāla soit traduit par « gong » depuis le khmer ancien. Mais nous pensons qu’il n’y a pas lieu de systématiser car aucun gong n’apparaît de manière certaine dans l’iconographie khmère, indienne ou javanaise et l’archéologie ne nous a officiellement livré aucun instrument malgré une bonne conservation du métal. Si crotales et cymbales sont officiellement déjà sorties de terre, les gongs se font attendre !
tāla bénéficie d’au moins quatre occurrences jusqu’au XIe s. et une au XIVe s., généralement associées au matériau ; en voici deux :

  • K.389, préangkorien, kaṅsatāla piy samṛt : trois tāla en bronze ou laiton.
  • K.370, XIe s., tāla saṃmrit : tāla en bronze ou laiton.

Si l’on rapproche le nombre d’occurrences tāla de la quantité exceptionnelle de représentations de crotales, la probabilité que la juste traduction soit cette dernière augmente considérablement. Quant à cheṅ, qui apparaît également avec un nombre significatif d’occurrences, nous sommes tentés de raisonner de la même manière. De plus, le terme chmāp, traduit par Saveros Pou par « manipulateur », démontre bien qu’il y a, dans la manière de jouer, d’autres opérations qu’une simple percussion de gong, cela correspondant à la réalité du jeu des crotales et des cymbales comme en témoigne l’ethnologie.
Un autre argument vient renforcer ce sentiment d’importance des crotales dans la société khmère ancienne. Sur la scène du Bayon ci-dessous qui jouxte une image de constructeurs de temple, un manipulateur de crotales donne la cadence à cinq hommes outillés de bâtons ou de dames avec lesquels ils frappent rythmiquement le sol en vue de l’édification.

Cinq personnages dansent avec des bâtons ou des dames, accompagnés par un joueur de crotales lors de la construction d’un temple. Bayon. Galerie extérieure ouest.
Cinq personnages dansent avec des bâtons ou des dames, accompagnés par un joueur de crotales lors de la construction d’un temple. Bayon. Galerie extérieure ouest.

Tout cela serait simple si l’inscription de Prasat Komphus ne venait jouer les trouble-fête. Parmi ses listes de donations au temple, l’une est consacrée aux objets en alliage de cuivre et nous trouvons à la suite l’un de l’autre les mots cheṅ 4, tāla 6. Pourquoi alors deux noms pour des cymbales ou crotales ? On pourrait alors se dire que cheṅ représenteraient des crotales et tāla des gongs. Bien. Mais deux occurrences plus loin, on trouve koṅ panṛum 6 que G. Cœdès traduit par 6 gongs enveloppés ! L’ethnologie nous montre que les minorités ethniques des confins frontaliers du Cambodge, du Laos et du Vietnam protègent et transportent leurs gongs dans des contenants tressés à la dimension du plus grand d’entre eux. Nous proposons toutefois une autre hypothèse : il pourrait effectivement y avoir deux types de cymbales comme il en existe aujourd’hui encore par exemple chez les chanteurs-musiciens de bhajan de la vallée de Kathmandu au Népal : d’un côté de véritables crotales cheṅ, au métal épais, de l’autre de petites cymbales tāla de faible épaisseur. koṅ panṛum pourrait quant à lui alors désigner un tambour enveloppé. Au Laos, le terme générique kong désigne les tambours et il est de coutume de les envelopper dans des étoffes, là comme dans bien d’autres parties d’Asie du Sud-Est et en Inde. Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse…

Épaisses cymbalettes et fines cymbales accompagnent simultanément les chants du bhajan. Bhaktapur, Népal.
Épaisses cymbalettes et fines cymbales accompagnent simultanément les chants du bhajan. Bhaktapur, Népal.
Épaisses cymbalettes et fines cymbales accompagnent simultanément les chants du bhajan. Bhaktapur, Népal.
Épaisses cymbalettes et fines cymbales accompagnent simultanément les chants du bhajan. Bhaktapur, Népal.