Ensembles de gongs

Textes, photos, vidéos : © Patrick Kersalé 1998-2020, sauf mention spéciale.


Le gong en Asie du Sud-Est

En Asie du Sud-Est, le gong a été et demeure un objet de grande valeur entouré d’obligations, d’interdits et de mystères. 

Il existe plusieurs types d’organisations physiques des gongs : les gongs isolés, les carillons de gongs joués par un seul instrumentiste et les ensembles de gongs joués par plusieurs instrumentistes. Dans les trois cas, soit les gongs se suffisent à eux-mêmes, soit ils sont accompagnés d’autres instruments ou de voix.

Sur le plan organologique, on distingue deux types de gongs : les gongs plats et les gongs à mamelon dits aussi gongs à bosse ou gongs renflés. Ils sont fabriqués artisanalement par martèlement de plaques de métal préalablement fondues (ou récupérées, ce qui est aujourd’hui souvent le cas), alliage de cuivre (70% à 80%) et d’étain (30% à 20%), avec parfois addition de plomb, de fer ou de zinc.

Quelle que soit la préciosité de leurs matériaux, les gongs représentent, pour les familles qui les possèdent, un signe extérieur de richesse et de prestige, certaines riches familles en possédant parfois plusieurs. Autrefois, les gongs représentaient une monnaie d’échange pour acheter buffles et éléphants ou encore pour s’acquitter d’une dette à la suite d’un jugement prononcé par le tribunal traditionnel. 

 

Rôle des ensembles de gongs

Au Cambodge, au Vietnam et au Laos, les ensembles de gongs sont joués lors des rites liés aux esprits (yang) et aux morts ou encore lors de simples réjouissances. Diverses fonctions sont dévolues aux ensembles de gongs, selon le moment où ils sont joués : outils de communication, ils permettent d’éveiller, d’inviter et de satisfaire les esprits bienfaisants (offrande sonore) ou au contraire d’exorciser ceux considérés comme maléfiques ; outils de convivialité, ils animent les danses rituelles (elles-mêmes offrandes aux esprits) et rapprochent les hommes. L’inauguration d’une maison, les funérailles, la cérémonie d’abandon du tombeau (rite accompagnant le départ de l’âme du défunt vers le pays des morts), l’accueil d’un étranger, les retrouvailles familiales… sont autant d’occasion de frapper les gongs. Aujourd’hui, compte tenu de l’altération des croyances anciennes, la limite entre la notion de communication avec l’au-delà et celle de pures réjouissances est difficile à évaluer. Ces cérémonies sont généralement accompagnées de grandes libations de bière de riz, boisson légèrement alcoolisée que l’on boit dans des jarres avec des chalumeaux en bambou.

Selon les ethnies, les gongs sont joués soit à l’intérieur de la maison, soit à l’extérieur, soit encore les deux. Pour une ethnie et un ensemble de gongs donné, la place de chaque gong et de chaque instrumentiste est précisément définie et inviolable.

Chaque ethnie possède sa propre configuration orchestrale et sa propre manière de jouer. Certains ensembles ne possèdent que des gongs plats, d’autres seulement des gongs à mamelon, d’autres encore un panachage des deux. Le nombre de gongs par ensemble varie de deux à plus de vingt.


Ratanakiri. Kreung. Ensemble de cinq gongs

Village de Kro Pou. 07/02/2010

Cet ensemble de cinq gongs à mamelon anime les festivités lors de l’inauguration d’une maison. L’indispensable jarre de bière de riz y est le ferment de la convivialité. Le nombre de mélodies a toujours été limité. Il l’est d’autant plus aujourd’hui avec la perte progressive des savoir-faire ancestraux et de l’identité religieuse animiste supplantée par le christianisme.


Village de Kro Pou.

Même ensemble de gongs que ci-dessus mais joué en extérieur. Selon leur taille et les ressources disponibles, les gongs sont frappés avec le poing (le plus grand), avec un bâton de bois tendre ou une tong !


Ratanakiri. Tampuon. Ensemble de cinq gongs

Mars 2012.

Cet ensemble tampuon de cinq gongs  à mamelon est joué dans un contexte funéraire après que les villageois ont enterré leur défunt et que les musiciens ont bu la jarre de bière de riz. Une  ambiance joyeuse prévaut.


Ratanakiri. Tampuon. Ensemble de douze gongs

Musée du lac Yaklom, Banlung. Mars 2012.

Cet ensemble tampuon de sept gongs plats et cinq gongs à mamelon est l’un des plus étendus existant au Cambodge. Les gongs plats jouent la mélodie et ceux à mamelon, l’accompagnement. Autrefois, un grand tambour en tonneau l’accompagnait. L’introduction de la vièle kaneu est récente. Cet ensemble se produit lors de manifestations “folkloriques”.


Ratanakiri. Jarai. Ensemble de gongs, tambours et cymbales

Village de Pok Thom. Février 2010

Cette séquence est riche d'informations sur le jeu collectif des gongs. À partir de 2'35, on comprend notamment comment les musiciens pensent la musique afin de pouvoir jouer chaque note de la mélodie. Musiciens et danseuses tournent dans le sens anti-horaire autour du cercueil.


Mondulkiri. Bunong. Ensemble de quatre gongs

Village de Pu Tam n°4. 11/12/2010

Ensemble de quatre gongs à mamelon frappés avec des mailloches. Chacun porte un nom spécifique, soit, du plus grand au plus petit : me (mère), klöu, trö, kon (enfant). L’ensemble de gongs est à l’image de la société régie par le matrilignage : le plus grand, qui donne la pulsation, est appelé “mère”. Cet ensemble accompagnent normalement les cérémonies animistes, mais les habitants de ce village sont désormais christianisés.


Mondulkiri. Bunong. Ensemble de six gongs

Village de Pu Tam n°4. 11/12/2010

Ensemble de six gongs plats frappés avec le poing. La particularité de cette technique de jeu réside dans la maîtrise de la résonance gérée par la main gauche. Cet ensemble, filmé hors contexte, accompagne normalement les cérémonies animistes, mais les habitants de ce village sont désormais christianisés.



Ensembles de gongs du voisinage (vidéos)

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