Tambour-hochet

Textes, photos, videos : © Patrick Kersalé 1998-2020, sauf mention spéciale.


Le tambour-hochet était un objet utilisé par les officiants religieux. De nos jours, il est encore employé par les moines bouddhistes tibétains sous la forme d’un sablier en bois rappelant les deux calottes crâniennes réunies par leur sommet, autrefois d’usage courant. 

Aucune représentation n’a été remarquée dans l’iconographie khmère. Grâce à l'épigraphie, nous connaissons avec certitude deux noms sanskrits du tambour hochet - ḍamarin et ḍamaru - mais pas sa dénomination en vieux khmer.



Le tambour-hochet en Asie

Attribut du dieu hindou Śiva, le tambour-hochet, appelé aussi tambour à boules fouettantes, apparaît dans l’une de ses mains lorsqu’il est représenté sous son aspect cosmique Śiva-Naṭarāja ou « Roi de la danse ».

Les bouddhistes tibétains continuent de l'utiliser lors de leurs cérémonies.

Au Népal, les bouddhistes Newar et des marchands ambulants de la vallée de Kathmandu s’en servent encore.

Moine tibétain faisant l’aumône avec son tambour-hochet en bois et sa clochette à foudre. Népal. © Brigitte Blot
Moine tibétain faisant l’aumône avec son tambour-hochet en bois et sa clochette à foudre. Népal. © Brigitte Blot
Śiva-Naṭarāja ou « Roi de la danse », dansant dans la posture de nadānta tāṇḍava après la soumission des sages hérétiques de la forêt de Tāragam. Tropenmuseum, Amsterdam.
Śiva-Naṭarāja ou « Roi de la danse », dansant dans la posture de nadānta tāṇḍava après la soumission des sages hérétiques de la forêt de Tāragam. Tropenmuseum, Amsterdam.

Tambours-hochets sur cadre

On distingue au Cambodge, pour la période angkorienne, deux types de tambours-hochets : sur cadre et en forme sablier. “Sur cadre” signifie que l'épaisseur de la caisse de résonance est inférieure à son diamètre. Leur physionomie diffère donc du sablier de Śiva-Naṭarāja. Leur décor est véritablement khmer et ils possèdent une poignée. Plusieurs instruments de ce type, en bronze, nous sont parvenus entiers ou de manière parcellaire. Ils appartiennent aujourd’hui à des institutions ou à des collections privées.

 

Tambour-hochet sur cadre du Marché russe (Phnom Penh)

L'instrument ci-contre était en vente au Marché russe (phsaar Tuol Tom Pong) de Phnom Penh en 2012. Sa provenance exacte est inconnue. Expertisé par le Musée National du Cambodge, il fut aussitôt rapporté au vendeur au prétexte qu'il s'agissait d'un faux ! Nous pensons au contraire qu'il s'agit d'un instrument authentique compte tenu du rapport entre la complexité de sa fabrication et du prix dérisoire auquel il était proposé. En effet, lorsqu'il faut fabriquer un tel objet, neuf et vieilli, son coût s'avère supérieur. Il a aujourd'hui disparu de la circulation mais nous avons eu le temps de le photographier.

Son sommet est orné d'une fleur de lotus en bouton constitué de fines feuilles de bronze superposées à la manière des pétales véritables. Le centre du pourtour de la caisse de résonance est garni de grelots. Les deux membranes étaient attachées grâce à un jeu de passants tubulaires. Le haut du manche est orné de deux Naga. On ne voit pas d'anneaux où auraient dû s'attacher les boules fouettantes.


Tambour-hochet à manche du Vat Reach Bo (Siem Reap)

Un autre tambour-hochet sur cadre appartient au dépôt archéologique du Vat Reach Bo à Siem Reap. Seul le cadre subsiste. Dans l'orifice central venait se ficher une poignée. Une rangée pourtournante de petits trous  permettait la fixation de la peau. Deux anneaux solidaires du fût recevaient les cordelettes à boule. 

 

Tambour-hochet en bronz découvert dans la zone de Banteay Chhmar. Dépôt de Vat Bo, Siem Reap. Ref. 2007-1-2129.
Tambour-hochet en bronz découvert dans la zone de Banteay Chhmar. Dépôt de Vat Bo, Siem Reap. Ref. 2007-1-2129.
Proposition de reconstitution du tambour-hochet en bronze ci-contre par Patrick Kersalé.
Proposition de reconstitution du tambour-hochet en bronze ci-contre par Patrick Kersalé.

Le tambour-hochet du Musée Guimet (Paris)

Le tambour-hochet sur cadre du Musée Guimet est à notre connaissance le plus prestigieux connu. Il est surmonté d’un grand personnage masculin assis jambes croisées entouré de quatre autres, féminins et plus petits, tenant entre leurs mains jointes une fleur de lotus en bouton. L’extérieur de la caisse de résonance est ornementé de rangées de denticules. Les deux pourtours circulaires comportent une série de trous permettant la fixation des membranes. Deux anneaux latéraux formant le bec de deux Garuda recevaient les fils reliés aux boules fouettantes. Au pied de chaque Garuda se trouve un Naga.

Sounds of Angkor a reconstitué cet objet en 2019-2020 en s'inspirant, pour le montage final, du damaru du Musée de Bangkok.

 

 


Le tambour-hochet du Musée National de Bangkok

Cet instrument khmer appartient au Musée National de Bangkok. Il est dénommé glong banthoh (กลองบัณเฑาะว์) en thaï.

La partie sommitale, la caisse de résonance et la partie du manche surmontée de quatre Garuda sont en bronze. La pièce située entre la caisse de résonance et le sommet est en bois, de même que la poignée emmanchée. La peau (chèvre ou biche ?) est fixée par des clous métalliques. Les boules fouettantes sont constituées de deux pierres polyédriques. 

L'ensemble mesure 57,5 cm.

Pour jouer, l'officiant devait saisir la partie comprenant les Garuda et agitait les boules dans un mouvement de rotation. 

 

Le tambour en sablier du Vat Reach Bo

Un autre tambour-hochet, en forme de sablier, appartient lui aussi au dépôt archéologique du Vat Reach Bo de Siem Reap. Sa surface est recouverte de décors lotiformes. À l'heure actuelle (2018), il a disparu des collections…

 

Tambour-hochet en forme de sablier découvert dans la zone de Banteay Chhmar. Dépôt de Vat Bo, Siem Reap. Ref. 2007-1-2130+2132.
Tambour-hochet en forme de sablier découvert dans la zone de Banteay Chhmar. Dépôt de Vat Bo, Siem Reap. Ref. 2007-1-2130+2132.