Gandharva


Définition générale

Textes, photos, vidéos : © Patrick Kersalé 1998-2020, sauf mention spéciale.


Dans l’hindouisme, les gandharva (Sanskrit : गन्धर्व, gandharva, Kannada : ಗಂಧರ್ವ, Tamil : கந்தர்வர், Telugu : గంధర్వ) sont cités dans les Védas. Ils sont des esprits mâles de la nature, époux des Apsaras. Certains sont en partie animaux, le plus souvent oiseau ou cheval. Ils possèdent d’impressionnants talents musicaux et vocaux. Ce sont les gardiens du Soma et, par leur musique, ils divertissent les dieux dans leurs palais. Gandharva est synonyme de chanteur à la cour des dieux. Dans la théologie hindoue, les gandharva jouent le rôle de messagers entre les dieux et les humains. Ils sont largement mentionnés dans le poème épique du Mahābhārata ; ils y sont associés avec les deva (comme danseurs et chanteurs) et avec les yaksha, comme puissants guerriers. 

 

Nota : nous n'accordons pas de pluriel au terme gandharva et nous ne l'assortissons pas d'une majuscule, sauf dans des citations.

 

Les gandharva à travers l'épigraphie

Il existe deux types de citations des gandharva dans l'épigraphie angkorienne les éloges, en sanskrit, et les listes des serviteurs des temples, en vieux khmer.

Dans son Dictionnaire vieux khmer - français - anglais, Saveros Pou donne de gandharva la définition suivante : Chanteurs masculins à la voix harmonieuse, employés dans le service divin. Il existe, à travers le temps et les divers textes, diverses graphies de ce terme : gandharva, gandharvva en khmer préangkorien, gandhabb en khmer moderne.


Éloges : stèle de Pràsàt Tor

La stèle du Pràsàt Tor (K. 692) est un éloge au roi Javavarmadeva, qui est probablement Jayavarman VII puisque la date correspond à son règne, quelqu’en soit l’interprétation, 1189 ou 1195 A.D. La stance XLI, décrit les gandharva comme des chanteurs de louanges.

 

XLI.* Les Gandharva aimaient à chanter au ciel la gloire que ce (roi) tirait de ses sacrifices; les princes, celle qu'il tirait de sa modération en levant les impôts; les femmes, celle qu'il tirait de sa beauté; les rois ennemis, celle qu'il tirait d'un châtiment approprié à l'offense et nullement en contradiction (avec celle-ci) ; c'est sans doute pour cela que les mondes font entendre ce chant harmonieux, puissant et agréable.

 

*D'après G. Cœdès, BEFEO, Inscriptions du Cambodge, Volume 1, 1937, p.245.


Éloges : Stèle de Ban T’at T’ong

Selon La stèle de Ban T'at T'ong (K. 697) date vraisemblablement du règne d'Içanavarman II (ca. 925 CE). Ici, George Cœdès traduit gandharvāḥ par “musiciens”, une traduction de défaut car leur rôle n'est ici pas attesté. Ils pourraient être aussi des chanteurs ou des musiciens-chanteurs.

 

Texte sanskrit

VII*  (13) bhairivādyā - gandharvāḥ             gandhakaṃ puṣpacitravā

         (14) pūjātriṣkāla ityuktaṃ                     tasmāt sārassvatin dadat

 

Traduction

VII. Tambours, instruments à vent - - - musiciens (gandharvāḥ), parfums - - - fleurs, il donna tout cela à Sarasvatī pour la célébration du culte aux trois moments (de la journée).

*D'après G. Cœdès, BEFEO, Inscriptions du Cambodge, Volume 7, 1964, p.95, 97.


Serviteurs des temples : inscription du Pràsàt O Roṃduol

L'inscription K. 659 a été publiée et traduite par George Cœdès dans son Tome V des “Inscriptions du Cambodge”. 

En introduction, G. Cœdès écrit ceci : “Pràsàt O Roṃduol est une tour située à 5 kilomètres au sud-ouest du village de Kantûot dans Mlu Prei. Elle a été visitée pour la première fois par H. Parmentier en 1929. Le piédroit nord de la porte orientale a reçu une inscription de 30 lignes khmères suivies de 2 lignes sanskrites. Le texte bien conservé reproduit une ordonnance royale de 890 ç. (968 A. D.), première année du règne de Jayavarman V, relative aux redevances et aux biens fonciers et mobiliers d'un Çivalinga.”

Voici le fragment de texte concernant la musique et la danse (K.659:17) :

 

tūryya tiṇ toṇ rām cryaṅ gandharvva hūdūka çikharā

 

Afin de mieux appréhender le contexte, nous donnons ci-après la totalité du segment 17 :

 

“1 je (mesure) de riz décortiqué pour le sacrifice quotidiennement, les accessoires de l'ablution quotidiennement, le pançagavya, beurre fondu, lait caillé, lait, mélasse, coco, parfum, onguent, luminaire, encens, bétel, noix d'arec, musique à corde et à percussion, danse, chant, musiciens (gandharvva), tambourins (hūdūka), çikharā.”

 

Une fois encore, G. Cœdès traduit gandharvva par “musiciens”, une traduction de défaut car leur rôle n'est ici pas attesté. Ils pourraient être aussi des chanteurs ou des musiciens-chanteurs.

 


Serviteurs des temples : inscription de Kok Roka

L'inscription dite de Kok Roka (K.155) est entièrement en vieux khmer. Sa provenance est incertaine. Elle est datée des VII-VIIIe s. compte tenu de la typologie de sa graphie. Il s’agit d'une énumération des serviteurs du temple. Nous ne donnons ici la liste énumérant le nom de tous les musiciens du temple (tous des hommes) au moment de sa fondation et dans laquelle apparaît le terme gandharvva :

 

(7&8)* cvai | vā lve | vā kaṃpoñ | vā kanyas | vā sugata | gandharvva vā vaṇçigīta | vā kan-et | vā karān | vā tpit | vā kanren | vā tvāṅ.

 

*D'après G. Cœdès, BEFEO, Inscriptions du Cambodge, Volume 5, 1953, p. 65:7.


Autres inscriptions

D'autres inscriptions mentionnent le terme :

  • vā gandharvva (nom d'un musicien) : K. 129, (préangkorien), Inscriptions du Cambodge II, 83:2.
  • gandharva : K. 324b, IXe s., Nouvelles Inscriptions du Cambodge II, 65:9.
  • tūryya gandharvva śikharā thmaṅ huduga : K.356, Xe s., BEFEO XLIII, 10:18.