Arbre à cloches

Textes, photos, videos : © Patrick Kersalé 1998-2020, sauf mention spéciale.


La sculpture proprement angkorienne (vs préangkorienne) montre des arbres à cloches (ou carillons de cloches) comportant de deux à cinq éléments. Ces outils sonores sont portés à la main ou suspendus. De nombreuses cloches, isolées ou groupées, issues des fouilles, viennent renforcer notre connaissance. C'est un des rares cas de l'archéomusicologie khmère où l'on ait simultanément de l'iconographie et des objets. 


Avant-propos

La présente étude est le résultat d'un processus d'investigation étalé sur une quinzaine d'années (2006-2020) : recherche iconographique dans les temples khmers, étude des objets archéologiques dans les musées et sur le marché de l'art. Il manque toutefois une analyse des matériaux que nous pensons possible puisque nous disposons de quelques échantillons métalliques de cloches brisées.

Nous publions ici l'intégrale de l'iconographie découverte par nous-même (douze scènes). Peut-être d'autres occurrences se cachent-elles encore parmi les milliers d'images d'Angkor Vat ou d'ailleurs. Chacun d'entre vous peut apporter des compléments d'information en utilisant notre page CONTACT.

 

Généralités

Les arbres à cloches ne sont pas à proprement parler des instruments de musique mais des outils sonores au service des cérémonies conduites par des officiants hindouistes et peut-être aussi bouddhistes sous le règne du roi Jayavarman VII. Tous les contextes ne sont pas lisibles dans l'iconographie. Toutefois, ils sont présents dans l'accompagnement processionnel du feu sacré, aux côtés des clochettes à demi-vajra (Angkor Vat, galerie sud, travée ouest) et lors des funérailles. Au Bayon, l'arbre à cloches est associé au jeu de la conque durant les cérémonies religieuses.

Nous n'avons pas de certitude quand au nom spécifique de cet outil sonore. Le seul terme connu pour la cloche à l'poque angkorienne est ghaṇṭā en sanscrit, et katyāṅ en vieux khmer, fourni par l'inscription K.669, Xe s. Nous avons toutefois de bonnes raisons de croire que ce nom était utilisé pour désigner l'arbre à cloches puisque la racine du terme sanscrit a donné កណ្តឹង (kantung) en khmer moderne.

Nous disposons par ailleurs de quelques rares images figurant des porteurs d'arbres à cloches. 

Nous ignorons tout du mode de jeu des arbres à cloches à l'époque angkorienne, mais compte tenu de ce que nous savons à travers l'ethnographie, il consistait probablement en la percussion des cloches de haut en bas dans un mouvement de glissando ; toutefois, la frappe distincte de chaque élément ne peut être exclue.

 

Matériel archéologique

De très nombreuses cloches ont été retrouvées au Cambodge, dans les fouilles archéologiques ou de manière fortuite. Certaines sont visibles au Musée National du Cambodge et au dépôt archéologique du Vat Reach Bo à Siem Reap. Durant les années 2009 à 2016 environ, de nombreux exemplaires étaient encore en vente au marché russe de Phnom Penh. Nous pouvons attester de leur authenticité ! Elles étaient seules, par deux, trois et, dans une seule occurrence… cinq, c'est-à-dire un arbre complet. Dans ce dernier cas, deux cloches étaient soudées par la corrosion. L'arbre avait semble-t-il été réparé car deux types de cloches le composaient.

Lors des découvertes archéologiques ou fortuites, les cloches ont souvent été trouvées emboîtées les unes dans les autres, laissant d'ailleurs à la faveur du passage du temps, des traces de corrosion, à l'image de celle présentée ici. L'ellipse bleutée est la trace d'oxyde laissée par la cloche gigogne de taille inférieure qui séjourna durant des siècles à l'intérieure de celle-ci.

 

Caractéristiques techniques

Les éléments sonores des arbres à cloches sont tout de suite reconnaissables. Au marché russe de Phnom Penh, les antiquaires les rangent généralement parmi les bols de bronze. Certes leur aspect premier les fait se confondre, mais les cloches possèdent un trou circulaire en leur centre avec, à l'extérieur, plusieurs liserés concentrique. Par ailleurs, le rebord intérieur est épais, généralement de section triangulaire. Autour de la base, à l'extérieur, une à trois lignes équidistantes font le tour de la cloche. On peut également voir, sur certaines d'entre elles, des rainures concentriques peu profondes sur tout ou partie de la surface extérieure. Deux voies peuvent expliquer ces rainures peu profondes :

  1. Il s'agit de la trace de l'outil ayant permis de fabriquer le moule dans un mouvement rotatif.
  2. Après avoir été fondues, certaines cloches étaient usinées sur un tour avec un outil métallique afin de réduire l'épaisseur du métal pour les accorder. En effet, compte tenu de notre expérience de reconstitution de ces objets par la technique de fonte à la cire perdue, il apparaît que la note obtenue pour un même objet (même diamètre, même hauteur), la hauteur de la note varie. Aussi, seul un usinage permettait d'ajuster la note.

Nous ignorons sur quelle échelle tonale étaient accordées les cloches car, à ce jour, nous n'avons pu trouver aucun arbre complet intact. Nombres de cloches trouvées sont fêlées, donc inutilisables. Comme nous l'avons dit plus haut, le métal était très fin, quelques dixièmes de millimètres. Était probablement recherchée, pour les arbres les plus prestigieux, une résonance globale correspondant à une certaine esthétique qui rendait experte la facture du carillon. 

À ce jour, aucune analyse de la composition métallique de ces objets n'a pas été faite. Un projet conduit par l'EFEO de Siem Reap devrait voir le jour d'ici quelques temps (au moment où nous écrivons ces lignes, nous sommes mai 2020). Nous ignorons donc le pourcentage de cuivre et d'étain/plomb ainsi que la présence éventuelle d'autres métaux. Peut-être les arbres les plus prestigieux possédaient-ils cinq ou sept métaux ? Ce que l'on peut dire toutefois, c'est que malgré la finesse du métal et sa fragilité, les siècles n'ont pas endommagé de la qualité initiale de la plupart des cloches retrouvées dès lors où elles ne sont pas fêlées.

Il existe plusieurs formes de cloches, allant de la calotte au chapeau melon, en passant par le dôme. Les photos ci-après offrent un échantillonnage global de nos connaissances sur le sujet.

 

Échantillonnage de cloches

Profils

Vues de dessus

Rainures centrales

Vues de dessous

Tests sonores

En novembre 2010, nous avons enregistré des éléments d'arbres à cloches angkoriens conservés au Vat Reach Bo à Siem Reap. Nous avons sélectionné les meilleurs exemplaires sur le plan acoustique, bien que certains étaient endommagés. Nous avons également, le 23 novembre 2010, remonté pour la première fois de l'histoire depuis la chute d'Angkor, un arbre à cloches à partir d'originaux disparates, mais capables de sonner. Cette vidéo est un résumé sonore de ces expérimentations.


Ci-dessous les trois images de détails de la première cloche en forme de dôme entendue dans la vidéo. 

Arbres à cloches portés

Dans trois occurrences, à Angkor Vat, et uniquement dans ce temple, des brahmanes ou des ermites percutent des arbres à cloches en les portant.

 

Procession du Feu sacré. Angkor Vat, galerie sud, travée ouest

Dans la scène du Défilé Historique d’Angkor Vat, deux brahmanes portent un arbre à cinq cloches de la main gauche. Ils accompagnent le feu sacré. C'est sans aucun doute la scène la plus emblématique de la sculpture khmère dans laquelle apparaissent une paire (couple ?) d'arbres à cloches. Les cloches sont montées sur un axe souple, cordelette ou chaînette. L’officiant du premier plan tient, dans sa main droite, un percuteur constitué d’un manche se continuant par un cylindre montrant des croisillons, peut-être un tressage en vannerie ou une étoffe. 

Image relief anaglyphe des arbres à cloches du Défilé historique d'Angkor Vat, galerie sud, travée ouest.
Image relief anaglyphe des arbres à cloches du Défilé historique d'Angkor Vat, galerie sud, travée ouest.

Angkor Vat. Piédroit de porte. Arbre porté à deux cloches

Sur les piédroits des portes d'Angkor Vat, se trouvent des milliers de médaillons qui valent, sur le plan informatif, individuellement ou par groupes. Il s'agit parfois de véritables bandes dessinées.

Cette scène se déroule dans la forêt puisque les images adjacentes dépeignent des animaux sauvages et des chasseurs. Nous qualifierons donc, pour cet exemple et les suivants, les personnages religieux d'“ermites” (ṛṣi (ऋषि) en sanscrit et vieux khmer, parfois traduit par Richi en français) de religion hindoue, nombreux à l'époque angkorienne et, aujourd'hui encore, communs en Inde et au Népal, où ils sont connus sous l'appellation sādhu ou Sadhou. Dans l'Hindouisme, le Richi est considéré soit comme un patriarche, un saint, un prêtre, un précepteur, un auteur d'hymnes védiques, un sage, un ascète, un prophète, un ermite, soit comme une combinaison de ces différentes fonctions. Dans l'iconographie, on le reconnaît à sa haute chevelure (ṛṣikeśa) nouée en chignon puisque selon la tradition, la plupart d'entre eux ne se coupent jamais les cheveux.

Il semble que nous soyons ici en présence d'une cérémonie funéraire. À l'extrême gauche, un personnage représenté les pieds en haut : le défunt. Il existe, à notre connaissance, seulement deux occurrences d'une telle représentation d'un défunt à Angkor Vat, et seulement dans les médaillons des piédroits. La seconde image à partir de la gauche montre un ermite en train de lire un livre de prières gravées sur des ôles de palmier. Au centre, un personnage assis en tailleur. Puis, dans le quatrième médaillon, un joueur d'arbre à deux cloches. Le battant est attaché au centre de la cloche inférieure par un lien. À l'extrême droite, un porteur d'arbre à cinq cloches à l'avant de la palanche et peut-être un sac à l'arrière contenant des cloches ? Nous pensons qu'il faut voir, dans ce dernier personnage, un marchand d'arbres à cloches, fut-il ermite. De nombreuses occurrences, à la fois à Angkor Vat, au Baphuon et dans les temples de l'époque du Bayon le confirment. (Voir plus loin le chapitre intitulé “Les porteurs d'arbres à cloches”).

Angkor Vat. Piédroit de porte. Arbre porté à quatre cloches

Ici, la scène est incomplète parce que détruite par les infiltrations d'eau à droite de la divinité. Il pourrait s'agir là encore d'une scène funéraire. Plusieurs ingrédient le justifient :

  • La présence de l'arbre à cloches.
  • Un ermite capture une vache dont le veau, maîtrisé par un acolyte, suit. Le but est de la traire afin de fabriquer le beurre clarifié nécessaire à l'onction du corps du défunt. 
  • Le barattage du lait dans un pot en terre. Ce barattage, unique en son genre, est représenté comme s'il s'agissait d'un barattage de l'Océan de lait avec à gauche des ermites et de l'autre des personnages disparus du fait de l'érosion hydraulique. En haut de la scène, à gauche du crocodile, semblent émerger des apsaras.
  • La présence du crocodile, symbole de la mort, au-dessus de Ganesha.

Sur la ligne de médaillons du joueur d'arbre à cloches, demeurent, à gauche, un ermite, bouche portant des offrandes ou des objets rituels relatif aux funérailles ; il a la bouche ouverte, signe qu'il récite ou chante un texte sacré. Devant lui, un autre ermite porte et frappe un arbre à cloches à quatre éléments. À droite, le dieu Ganesha avec deux attributs : la conque et le disque. Dans le barattage de l'Océan de lait, c'est normalement Vishnu qui est mis en scène. Mais ici, dans cette scène singulière, Ganesha le remplace. Ici, il possède ses deux défenses alors qu'il est normalement représenté avec une seule. Ses deux autres mains sont en position d'anjali. Il est assis en position du lotus. 

Arbres à cloches suspendus

Le Bayon offre deux occurrences d'arbres suspendus à cinq cloches, l'une dans la galerie extérieure sud, travée est, l'autre dans la galerie extérieure est, travée sud. Une occurrence à trois cloches existe également, dans l'angle nord-ouest de la cour, parmi les blocs inutilisés, empilés par les archéologues au moment de la restauration du temple. Nous ignorons si les arbres suspendus possédaient des cloches plus grandes que les arbres portatifs, mais c'est une possibilité. En effet, à la lumière de l'image de l'arbre à cinq cloches de la galerie sud, travée est du Bayon, il se pourrait que la plus grande cloche ait un diamètre compris entre 20 et 30 centimètres eut égard aux proportions des personnages. De telles cloches, non percées, ont existé jusqu'à une époque récente en Inde.

 

Arbres suspendus à cinq cloches. Bayon, galerie extérieure sud, travée est

Cette scène de la galerie sud du Bayon représente une cérémonie religieuse en présence d'un personnage important, de grande taille, dont la sculpture est inachevée, peut-être le roi Jayavarman VII lui-même. La présence de piliers, de rideaux, de parasols et d'arbres semble démontrer que la cérémonie se tient dans un bâtiment ouvert. À l'extrême gauche, un officiant semble tenir un livret et un chapelet. Derrière lui, un joueur de conque, puis le joueur d'arbre à cinq cloches. La dimension et la nature du battant, relié au centre de la cloche inférieure, n'est pas explicite. Nous ignorons si les deux scènes, celle des trois officiants religieux et celle où le roi reçoit, constituent un tout cohérent car les personnages se tournent le dos.

Arbre à cinq cloches suspendu. Bayon, galerie extérieure est, travée sud

Dans cette grande scène d'offrandes (Bayon, troisième registre de la galerie extérieure sud, travée est), le jeu de l'arbre à cloche est associé à celui de la conque. Le personnage, (brahmane) qui frappe les cloches semble plus jeune que celui qui souffle la conque. Sa main gauche est posée au sol.

Arbre à cloches suspendu et conque. Scène d'offrandes. Bayon, galerie extérieure est, travée sud.
Arbre à cloches suspendu et conque. Scène d'offrandes. Bayon, galerie extérieure est, travée sud.

Arbre suspendu à trois cloches

La seule représentation d’arbre à trois cloches provient du Bayon, un haut-relief empilé parmi d’autres blocs au nord-ouest de la cour du temple. La ligne en dépression existant à la base des véritables cloches de bronze est ici parfaitement visible. Il semble complet avec ses seules trois cloches. Nous ignorons si ce bloc appartient à la période bouddhiste du temple ou à l'ère plus tardive de la réaction shivaïte. L’élément inférieur semble osciller sous l’action du heurtoir. 

 

Arbre à trois cloches. Bayon, angle nord-ouest de la cour.
Arbre à trois cloches. Bayon, angle nord-ouest de la cour.

L'arbre à trois cloches du Bayon, version anaglyphe. Nécessite des lunettes rouge et bleu pour un rendu en relief.
L'arbre à trois cloches du Bayon, version anaglyphe. Nécessite des lunettes rouge et bleu pour un rendu en relief.

Angkor Vat : un piédroit avec deux arbres à cloches

Un piédroit de la galerie historiée ouest d'Angkor Vat présente deux arbres à cloches joués par deux personnages différents, sans que l'on puisse établir un lien de causalité entre les deux scènes.

Angkor Vat. Piédroit de porte. Arbre suspendu à cinq cloches

La scène supérieure représente la seule occurrence d'un arbre suspendu à cinq cloches à Angkor Vat. Le battant est solidaire de l'arbre auquel il est attaché par un lien souple. Le joueur, un homme de nature indéfinie, fait face à ce qui pourrait être un ermite entouré de deux offrandes. La nature circonstancielle de la scène n'est pas explicite.

Angkor Vat. Piédroit de porte. Arbre suspendu à quatre cloches

Dans la scène inférieure, l'arbre suspendu possède quatre cloches et un battant solidaire. L'ermite fait face à un personnage (autre ermite ?) flanqué d'une offrande sur sa gauche. 

Angkor Vat. Piédroit d'escalier. Arbre suspendu à quatre cloches

Dans le second médaillon de la ligne centrale, un ermite frappe un arbre suspendu à quatre cloches par-devant un personnage en méditation. Rien n'indique, dans les médaillons adjacents, une relation à des funérailles. Dans les trois autres médaillons de la même ligne, des personnages en position de prière et de soumission. Cette scène dénuée d'un contexte compréhensible demeure obscure.

Angkor Vat. Piédroit de porte. Arbre suspendu à deux cloches

Cet ensemble de cinq médaillons met en scène un joueur d'arbre à deux cloches (4e image à partir de la gauche) suspendu et dont le battant est solidaire. On peut notamment noté, fait unique, que le battant dépasse à l'extérieur du médaillon. Le personnage devant lequel se trouve l'arbre à cloches semble être un brahmane ou un ermite. Il tient un livre de prières. Il détourne la tête pour regarder le personnage qui se trouve derrière lui. Celui-ci semble porter, à l'arrière, des cloches brisées enfilées sur un axe. À l'avant de la palanche, peut-être un sac contenant des cloches neuves. La première image, à l'extrême gauche, montre un personnage agenouillé. Ce qu'il porte est imprécis mais ressemble à ce que le porteur à la palanche transporte, c'est-à-dire des cloches brisées. La situation se justifie par la présence de l'arbre à deux cloches ; les trois autres sont brisées. Dans le second médaillon à partir de la gauche, un brahmane ou un ermite se prosterne devant une divinité (?) ou un ancêtre (?) assis sur une fleur de lotus et entouré de deux offrandes triangulaire. S'agit-il d'une cérémonie aux ancêtres ?

Angkor Vat. Piédroit de porte. Funérailles et arbre suspendu à quatre cloches

Scène funéraire globale.
Scène funéraire globale.

Ce piédroit de porte nous offre une véritable bande-dessinée. L'histoire semble être celle d'un accident et des funérailles qui s'ensuivent. On y voit un éléphant sauvage en train de charger (?), un ermite trébuchant, un monstre ou esprit néfaste (?), des ermites qui prient, un personnage qui boit au pis d'un vache, un barattage de lait, l'onction du  cadavre avec le beurre clarifié* issu du barattage, et un joueur d'arbre à quatre cloches. L'utilisation de l'arbre à cloches lors des funérailles est ici clairement confirmé. Nous publions ci-après les images individuelles de cette BD.

 

*En Inde du Sud, dans le rituel funéraire, le beurre clarifié (ghi ou neï) sert à oindre les neuf orifices du défunt afin que l'âme puisse s'échapper plus facilement. 

Les porteurs d'arbres à cloches

Quelques rares occurrences de porteurs d'arbres à cloches ont été trouvées au Preah Khan d'Angkor et à Angkor Vat. Il s'agit soit de deux arbres qui d'équilibrent naturellement la charge de la palanche, soit d'un arbre d'un côté et ce que nous pensons être un sac de l'autre, contenant des cloches individuelles de diverses tailles et hauteurs sonores. En effet, les éléments des arbres à cloches sont fragiles car le métal est très fin, de l'ordre de quelques dixièmes de millimètres. On peut alors imaginer qu'il fallait parfois remplacer telle ou telle cloche fendue ; des exemples archéologiques d'arbres composés d'au moins deux natures de cloches le laissent à penser.

Ces personnages pourraient être des commerçants spécialisés appartenant au “cercle” des ascètes. Une image de porteur de cloche simple trouvée au Baphuon et une autre dans le pavillon d'angle sud-ouest d'Angkor Vat le laisse penser.

 

Porteur de deux arbres à cinq cloches. Preah Khan d'Angkor

À droite, accroché de part de d'autre de la palanche, deux arbres à cinq cloches. À gauche, un brahmane shivaïte avec son trident. Rappelons que même si le temples de Preah Khan a été construit sous le règne du roi bouddhiste Jayavarman VII, la réaction shivaïte post mortem donna lieu à un remaniement iconographique au profit de l'imagerie hindouiste.

Porteur d'un arbre à cinq cloches. Angkor Vat

Deux éléments de natures différentes sont accrochés à la palanche de cet ermite. À l'avant, un arbre à cinq cloches. À l'arrière, ce qui pourrait être un sac dans lequel il transporte des cloches de rechange.

Porteur de cloches brisées. Angkor Vat

Si la scène ci-dessous semble similaire à la précédente, s'installe un doute quant à la nature de l'objet situé à l'arrière de la palanche. Dans la scène décrite plus haut, ce personnage arrive à point nommé devant un ermite en train de prier, mais dont l'arbre ne comporte plus que deux cloches, les autres étant peut-être brisées. Nous avançons l'hypothèse suivante : ce personnage porte, à l'arrière de sa palanche, des cloches brisées qu'il a récupérées auprès d'autres ermites afin de les rapporter au fondeur qui les recyclera pour en fabriquer de nouvelles. Dans son sac se trouvent des cloches neuves de diverses dimensions et hauteurs sonores. Notons que les cloches d'un même arbre sont gigognes ; elles s'emboîtent les unes dans les autres une fois l'arbre replié, avec comme limite la contrainte du lien qui les unit. Nous publions ci-après une photo d'un lot de cloches brisées saisies par la police à des trafiquants, déposées au Musée provincial de Banteay Meanchey.

Arbres à cloches hors du Cambodge

Des arbres à cloches ont existé et sont probablement toujours utilisés dans les temples en Chine, au Tibet et au Japon. Quelques exemples provenant du Net sont compilés ci-dessous.